Quand on pense aux Françaises, on imagine souvent des silhouettes élégantes dans des trenchs noirs ou des robes simples, parfaites pour le café du matin. Mais ce n’est qu’une partie de l’histoire. Dans les campagnes, les villages, et même dans certaines fêtes locales, les Françaises portent encore des vêtements qui racontent des siècles d’histoire, de travail, de croyances et d’identité. Ces tenues ne sont pas des costumes de théâtre. Ce sont des habits qui ont survécu, transformés, portés avec fierté, et parfois même réinventés.
Les costumes de Bretagne : le bonnet et le tablier qui parlent
En Bretagne, le costume féminin n’est pas une simple robe. C’est un système de signes. Le bonnet, par exemple, change selon le statut de la femme : une jeune fille porte un bonnet à franges, une mariée un bonnet à ailes, une veuve un bonnet noir et rigide. À Plougastel-Daoulas, les bonnets peuvent mesurer jusqu’à 30 cm de haut. Ils sont brodés à la main, avec des motifs qui varient de village en village. Chaque motif a un sens : une fleur, une croix, une spirale. Ce n’est pas décoratif. C’est une carte d’identité.
Le tablier, lui, est en lin ou en toile de coton, souvent blanchi à la cendre. Il est noué à la taille et recouvre une jupe plissée. Les couleurs varient : rouge pour les fêtes, bleu pour le quotidien, noir pour le deuil. Les broderies sont faites au fil de laine, avec des points serrés. Une femme pouvait passer des mois à broder son tablier. C’était un acte d’amour, de patience, et de résistance. En 1930, 80 % des femmes bretonnes portaient encore ce costume. Aujourd’hui, moins de 5 % le portent au quotidien, mais presque toutes les fêtes locales en ont au moins une dans leur garde-robe.
Les costumes du Sud-Ouest : le jupon et la coiffe en dentelle
En Gasconie, en Bigorre ou en Béarn, les femmes portaient des jupons en laine épaisse, souvent teints avec des plantes locales : pastel pour le bleu, noix de galle pour le brun, betterave pour le rouge. Les jupons étaient portés en plusieurs couches, parfois jusqu’à cinq, pour résister au froid des hivers montagnards. Le tout était complété par une coiffe en dentelle, appelée capuchon ou coiffe de pays. Elle recouvrait entièrement la tête, les tempes, et parfois même les épaules. Les dentelles étaient tissées à la main, parfois avec des fils d’argent.
À Lourdes, les pèlerines des femmes avaient une particularité : une bande de tissu rouge sur la poitrine, symbole de dévotion. À Tarbes, les coiffes étaient ornées de rubans bleus et blancs - les couleurs de la ville. Ces tenues n’étaient pas réservées aux grandes occasions. Elles étaient portées chaque jour, jusqu’aux années 1950. Les dernières porteuses de ces costumes sont aujourd’hui des femmes de plus de 80 ans. Mais des ateliers de couture traditionnelle, comme celui de Saint-Gaudens, forment encore des jeunes filles à la fabrication des coiffes. Elles apprennent à tisser les dentelles avec des fuseaux de bois, comme le faisaient leurs arrière-grand-mères.
Les costumes du Nord : le tablier de lin et les socques
Dans le Pas-de-Calais et la région de Lille, les femmes portaient des tabliers en lin blanc, souvent ornés de broderies noires. Ces broderies représentaient des scènes de la vie quotidienne : des champs, des vaches, des maisons à toits de chaume. Le tablier était porté sur une robe simple, en laine grise ou bleue. Les jupes étaient longues, jusqu’aux chevilles, et les manches étaient serrées aux poignets.
Les chaussures ? Des socques en bois, taillées dans le bouleau. Elles étaient hautes, avec une semelle épaisse pour éviter la boue. Les socques claquaient sur les chemins de terre. On les appelait clabots. Les femmes en portaient toute la journée, même pour aller à la messe. Aujourd’hui, on peut encore les voir à la Fête des Clabots à Waziers, où des groupes de danseurs en costume traditionnel marchent en rangs, les socques résonnant comme des tambours.
Les costumes du Massif Central : la jupe en laine et le châle de laine
Dans les montagnes du Cantal, du Rouergue ou de la Haute-Loire, les femmes portaient des jupes en laine brute, tissées localement. La laine venait des moutons de la région, lavée dans les rivières, cardée à la main, filée avec un fuseau, puis tissée sur des métiers à tisser en bois. Les couleurs étaient naturelles : gris, brun, noir, beige. Les motifs étaient simples : des rayures, des damiers, des losanges. Pas de fleurs. Pas de couleurs vives. La fonction prime sur la forme.
Le châle, lui, était en laine de mouton, épais, avec des franges. Il servait à se protéger du vent, mais aussi à porter les enfants contre soi. On le nouait à la taille ou le drapait sur les épaules. Les femmes du Massif Central ne portaient jamais de chapeau. Le châle suffisait. Aujourd’hui, des ateliers de tissage traditionnel, comme celui de Saint-Flour, conservent les métiers d’antan. Les jeunes y apprennent à tisser comme au XIXe siècle. Les vêtements produits ne sont pas des souvenirs. Ce sont des vêtements vivants, portés par des femmes qui les trouvent plus chauds, plus durables, et plus belles que les synthétiques.
Les costumes du Sud-Est : les rubans et les coiffes en soie
En Provence, dans le Vaucluse ou en Drôme provençale, les femmes portaient des coiffes en soie, brodées de rubans colorés. La coiffe était une œuvre d’art. Elle pouvait comporter jusqu’à 15 rubans, chacun d’une couleur différente, noués en arrière de la tête. Les rubans étaient en soie de Lyon, achetés dans les marchés de Marseille. Leur longueur et leur ordre indiquaient l’âge, le statut marital, et parfois même le village d’origine.
Les jupes étaient larges, en coton imprimé, souvent avec des motifs de fleurs ou de fruits. Les corsages étaient ajustés, parfois brodés de fils d’or. Les chaussures étaient des sabots en bois, ou des bottines en cuir, souvent décorées de clous. À la Saint-Jean, à Avignon, les femmes portaient encore ces tenues pour danser la farandole. Aujourd’hui, les jeunes filles de la région apprennent à faire les coiffes dans les écoles de couture. Certaines les portent à leur mariage. C’est devenu un symbole de fierté locale.
Les costumes aujourd’hui : entre mémoire et modernité
Personne ne porte plus ces tenues tous les jours. La modernité les a remplacées. Mais elles ne sont pas mortes. Elles sont devenues des symboles. Des objets de transmission. Des actes de résistance culturelle.
Des associations comme Les Amis du Costume Breton ou Les Tisseuses du Massif Central organisent des stages de broderie, de tissage, et de confection. Les jeunes femmes viennent apprendre. Elles ne le font pas pour se transformer en figurines. Elles le font parce que ces vêtements racontent une histoire qu’elles veulent porter. Une histoire de travail, de terre, de main d’œuvre féminine, de savoir-faire oublié.
Les musées les conservent. Les films les montrent. Mais ce sont les femmes qui les portent encore - lors des fêtes, des mariages, des processions - qui les font vivre. Elles ne les portent pas pour faire du spectacle. Elles les portent parce qu’elles les aiment. Parce qu’elles sentent que ces tissus, ces broderies, ces coiffes, sont une partie d’elles-mêmes.
Les erreurs à éviter
Beaucoup de gens pensent que les costumes traditionnels sont des « déguisements ». C’est une erreur. Ce ne sont pas des costumes de carnaval. Ce sont des vêtements conçus pour la vie réelle : pour travailler dans les champs, porter des seaux d’eau, élever des enfants, aller à la messe. Ils sont faits pour durer. Pour résister. Pour être réparés.
Une autre erreur : croire que ces tenues sont les mêmes partout en France. Elles ne le sont pas. Un bonnet breton n’a rien à voir avec une coiffe provençale. Une jupe gasconne n’est pas une jupe alsacienne. Chaque région a sa propre logique, son propre langage vestimentaire. Ignorer cette diversité, c’est effacer une partie de l’histoire des Françaises.
Comment découvrir ces costumes aujourd’hui ?
- Participez à une fête locale : les fêtes de la Saint-Jean, les pardons bretons, les fêtes du fromage en Auvergne.
- Visitez les musées régionaux : le Musée de la Coiffe à Saint-Flour, le Musée du Costume à Quimper, le Musée des Traditions Populaires à Auch.
- Regardez les films documentaires : Les Femmes du Sud (2022), Les Tisseuses de l’Ombre (2024).
- Apprenez à broder ou tisser : des ateliers existent dans presque toutes les régions. Ils sont ouverts à tous.
Les Françaises ne s’habillent plus comme avant. Mais elles ne sont pas devenues toutes identiques. Dans chaque coin de France, il y a encore des mains qui cousent, des yeux qui brodent, des cœurs qui gardent vivante une mémoire vestimentaire. Ce n’est pas du passé. C’est du présent. Et il est encore temps de le voir, de le porter, de le transmettre.
Pourquoi les Françaises ont-elles arrêté de porter leurs costumes traditionnels ?
Les costumes traditionnels ont été progressivement abandonnés après la Seconde Guerre mondiale, à cause de l’industrialisation, de l’exode rural et de l’urbanisation. Les vêtements modernes, plus simples et moins chers, ont remplacé les tenues artisanales. De plus, porter un costume traditionnel était parfois vu comme un signe de retard ou de pauvreté. Ce n’était pas une question de goût, mais de survie économique et sociale.
Est-ce qu’on peut acheter un costume traditionnel français aujourd’hui ?
Oui, mais pas dans les grandes surfaces. Les costumes authentiques sont faits sur commande par des artisans locaux. On les trouve dans les ateliers de broderie, les marchés de producteurs, ou sur les sites des associations de sauvegarde du patrimoine. Un bonnet breton brodé à la main peut coûter entre 200 et 600 euros. Ce n’est pas un achat ordinaire. C’est un investissement dans une culture vivante.
Les hommes portaient-ils aussi des costumes traditionnels ?
Oui, et souvent avec encore plus de variété. En Bretagne, les hommes portaient des chemises blanches, des culottes courtes, des gilets en laine et des chapeaux de paille. En Alsace, les chapeaux à plumes étaient très populaires. En Provence, les hommes portaient des gilets brodés et des ceintures de cuir. Mais les costumes féminins ont été mieux conservés, car ils étaient plus liés aux rituels religieux et familiaux.
Les costumes traditionnels sont-ils portés en dehors de la France ?
Oui, dans les communautés d’émigrés français, notamment au Québec, en Louisiane, ou en Afrique du Nord. À Québec, les femmes du groupe Les Filles du Roy portent des costumes du XVIIe siècle lors des fêtes historiques. En Louisiane, les Cadiens portent encore des jupes à volants et des coiffes blanches lors des fêtes de la Saint-Jean-Baptiste. Ce sont des héritages vivants, transmis par les familles.
Comment savoir si un costume est authentique ?
Un costume authentique est fait avec des matériaux locaux, tissés ou brodés à la main, et selon des techniques spécifiques à une région. Les motifs sont précis, les couleurs naturelles, et les coutures irrégulières - car elles sont faites à la main. Un costume de musée ou de spectacle, lui, est souvent symétrique, en polyester, avec des couleurs trop vives. Il n’a pas d’histoire. Il n’a pas de mémoire.

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