La flûte traversière, avec son son clair et élégant, est partout dans la musique classique, le jazz et même la musique contemporaine. Mais avant qu’elle ne devienne cet instrument fin et métallique que vous voyez dans les orchestres, elle existait sous une forme bien plus simple, bien plus vieille. L’ancêtre direct de la flûte traversière, c’est la flûte droite, aussi appelée flûte à bec ou flûte de type recorder.
La flûte droite : le prédécesseur immédiat
Entre le XIIe et le XVIIe siècle, la flûte droite était l’instrument à vent le plus répandu en Europe. On en trouve des exemples dans les manuscrits médiévaux, les peintures de la Renaissance, et même dans les tombes archéologiques. Contrairement à la flûte traversière que l’on tient de côté, la flûte droite se tient verticalement, comme une canne. On souffle dans une embouchure en forme de bec, et les doigts couvrent des trous sur le corps de l’instrument.
Elle était faite de bois - souvent du buis, du sycomore ou du noyer - et parfois de ivoire ou de métal pour les plus riches. Son son était doux, presque chantant, parfait pour la musique de chambre ou les danses populaires. Des compositeurs comme Johann Sebastian Bach ont écrit des sonates pour flûte droite. C’était l’instrument de la cour, de la maison, des écoles et des musiciens amateurs.
La transition vers la flûte traversière a commencé au début du XVIIe siècle en Allemagne et en France. Les musiciens cherchaient un instrument plus puissant, plus expressif, capable de se faire entendre dans les grandes salles et les orchestres naissants. La flûte droite, bien qu’élégante, manquait de volume et de gamme étendue.
Les racines encore plus anciennes : la flûte de Pan et les premiers tubes percés
La flûte droite n’est pas le tout premier instrument à vent percé. Elle descend elle-même d’instruments encore plus anciens, datant de plus de 40 000 ans. Les archéologues ont découvert à Geissenklösterle, en Allemagne, des morceaux de os d’oiseaux percés de trous - des flûtes fabriquées par les premiers Homo sapiens. Ces instruments, faits de vautour ou de cygne, avaient deux à cinq trous et pouvaient jouer des gammes simples.
En même temps, dans les civilisations anciennes du Proche-Orient, de l’Égypte et de la Chine, des flûtes en roseau ou en bambou étaient utilisées. Les Égyptiens en jouaient déjà en 3000 av. J.-C., comme le montrent les peintures des tombes. En Chine, la chi, une flûte verticale, était jouée il y a plus de 7 000 ans.
La flûte de Pan, elle, est une autre branche de cette famille. Elle est faite de plusieurs tubes de roseau liés ensemble, et elle est associée à la mythologie grecque. Mais contrairement à la flûte traversière, elle ne peut jouer qu’une seule note par tube - ce qui la rend plus limitée. Elle n’est pas l’ancêtre direct, mais elle montre à quel point l’idée de faire de la musique avec des tubes percés est universelle et ancienne.
Comment la flûte traversière est née
La vraie révolution est venue avec le tailleur de flûtes suisse, Johann Christoph Denner, vers 1670. Il a repris la flûte droite, mais l’a retournée : il a déplacé l’embouchure sur le côté, et a ajouté une clé pour la première note aiguë. Ce petit changement a tout transformé.
Avec l’embouchure latérale, le musicien pouvait contrôler le souffle avec plus de précision. Le son est devenu plus fort, plus riche, plus expressif. Les clés se sont multipliées au fil du XVIIIe siècle : deux, puis cinq, puis sept. Les flûtes étaient maintenant en bois de grenadille, avec des mécanismes en argent ou en or.
En France, sous Louis XIV, la flûte traversière est devenue l’instrument favori de la cour. Le compositeur Jean-Baptiste Lully l’a intégrée dans ses opéras. Les musiciens italiens comme Vivaldi et les allemands comme Telemann ont écrit des concertos pour elle. C’était l’instrument des virtuoses, des salons, et des cours royales.
La flûte traversière moderne : un héritage vivant
Aujourd’hui, la flûte traversière est faite en argent, en platine, ou même en bois - mais son principe de base est toujours le même que celui de Denner. Les 16 trous et les 16 clés modernes permettent de jouer toutes les notes de la gamme chromatique, avec une précision incroyable. Elle a même évolué dans les musiques du monde : en Irlande, elle est jouée avec un style rapide et orné ; au Japon, elle est adaptée au shakuhachi, une flûte en bambou qui descend elle-même de la tradition chinoise.
La flûte traversière n’est pas une invention soudaine. Elle est le résultat de milliers d’années d’expérimentation. Chaque culture a apporté une pièce du puzzle : les tubes percés des premiers humains, les flûtes égyptiennes, les instruments de la Grèce antique, les flûtes droites du Moyen Âge, et enfin la révolution allemande et française du XVIIe siècle.
Un instrument qui parle de l’histoire de l’humanité
Quand vous entendez une flûte traversière jouer un air de Mozart, vous n’écoutez pas seulement de la musique. Vous entendez 40 000 ans d’innovation. Vous entendez les premiers chasseurs préhistoriques qui ont tenté de faire un son avec un os d’oiseau. Vous entendez les Égyptiens qui chantaient avec des roseaux. Vous entendez les moines médiévaux qui apprenaient la musique avec des flûtes en bois. Et vous entendez Denner, en 1670, qui a eu l’idée de tourner l’instrument sur le côté - et qui a changé le cours de l’histoire musicale.
Il n’y a pas un seul ancêtre. Il y en a plusieurs. Et c’est ce qui rend la flûte traversière si unique : elle n’est pas née d’un seul homme, d’un seul pays, d’une seule époque. Elle est le fruit de l’humanité entière.
La flûte traversière et ses cousins dans le monde
La flûte traversière n’est pas la seule flûte au monde. Dans chaque culture, il existe une version locale, adaptée aux matériaux et aux sons du lieu.
- Shakuhachi (Japon) : flûte en bambou, utilisée par les moines zen pour la méditation. Son son est profond, respiré, presque humain.
- Bansuri (Inde) : flûte en bambou, jouée dans la musique classique indienne. Elle a six ou sept trous et est souvent associée à Krishna.
- Quena (Andes) : flûte en roseau ou en os, utilisée par les Aymara et les Quechua. Son son plaintif résonne dans les montagnes.
- Irish tin whistle : petite flûte en métal, très populaire dans la musique celtique. Elle ressemble à une flûte droite simplifiée.
Tous ces instruments ont un point commun : un tube percé, des trous, et un souffle. Ils sont les frères et sœurs de la flûte traversière - des cousins lointains qui parlent la même langue, mais dans des accents différents.
Les erreurs courantes sur l’origine de la flûte traversière
Beaucoup pensent que la flûte traversière vient directement de la flûte de Pan. Ce n’est pas vrai. La flûte de Pan est un instrument polyphonique - chaque tube joue une note différente. La flûte traversière, elle, est monophonique : une seule note à la fois, mais avec une gamme complète.
On pense aussi qu’elle a été inventée en France. En réalité, c’est en Allemagne que Denner a fait la première modification décisive. La France l’a perfectionnée, mais pas inventée.
Et certains croient que la flûte traversière est un instrument moderne. Elle l’est dans sa forme actuelle, mais son ADN est vieux de 40 000 ans. Chaque note que vous entendez dans un orchestre a un lien direct avec un os percé trouvé dans une grotte allemande.
La flûte traversière a-t-elle toujours été en métal ?
Non. Les premières flûtes traversières étaient en bois - souvent du grenadille ou du buis. Le métal est apparu au XIXe siècle, quand les fabricants ont voulu un son plus brillant et plus puissant. Aujourd’hui, les flûtes en argent sont les plus courantes, mais les flûtes en bois sont toujours jouées, surtout en musique ancienne.
Pourquoi la flûte traversière a-t-elle remplacé la flûte droite ?
Parce qu’elle était plus puissante, plus expressive, et plus facile à jouer dans les grandes salles. La flûte droite était douce, mais limitée en volume et en gamme. Avec les clés ajoutées et l’embouchure latérale, la flûte traversière pouvait jouer plus vite, plus fort, et avec plus de nuances - ce qui la rendait idéale pour les orchestres et les solistes.
La flûte traversière est-elle plus difficile à jouer que la flûte droite ?
Cela dépend. La flûte droite est plus facile à produire un premier son - on souffle dans un bec, comme dans un sifflet. La flûte traversière demande plus de contrôle du souffle et de la position des lèvres. Mais une fois maîtrisée, elle offre une liberté beaucoup plus grande. Beaucoup de musiciens commencent par la flûte droite, puis passent à la traversière.
Quel est le plus vieil instrument à vent connu ?
Le plus vieil instrument à vent connu est une flûte en os d’oiseau, découverte en 2008 dans la grotte de Geissenklösterle, en Allemagne. Elle date d’environ 42 000 ans. Elle a quatre trous et a probablement été faite par des Homo sapiens. C’est le plus ancien objet musical que l’on ait retrouvé avec certitude.
La flûte traversière est-elle un instrument français ?
Elle a été perfectionnée en France, surtout au XVIIIe siècle, mais elle n’est pas née là-bas. L’invention décisive - déplacer l’embouchure sur le côté - vient de Johann Christoph Denner, un fabricant suisse de la ville de Nuremberg, en Allemagne. La France l’a adoptée, l’a rendue populaire, et l’a fait évoluer, mais elle n’en est pas l’origine.

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