Si vous avez déjà assisté à une fête de village en Bretagne, à une bals musette dans les rues de Paris, ou à une fête des vendanges en Provence, vous avez probablement entendu cet instrument. Il ne s’agit pas d’un piano, ni d’une guitare électrique, ni même d’un violon. C’est l’accordéon, et c’est l’instrument le plus utilisé dans la musique folklorique française.
L’accordéon, le cœur battant des fêtes populaires
Depuis le milieu du XIXe siècle, l’accordéon a pris une place centrale dans les traditions musicales françaises. Il n’est pas le plus ancien - la vielle à roue ou la flûte à bec l’ont précédé - mais il est devenu le plus répandu. Pourquoi ? Parce qu’il est portable, puissant, et capable de jouer à la fois mélodie et accompagnement. Un seul musicien peut remplacer un petit orchestre.
En Auvergne, il accompagne les farandoles. En Basse-Normandie, il rythme les contredanses. En Alsace, il danse avec les polkas. Même dans les régions où d’autres instruments dominent, comme la bombarde en Bretagne ou le cabrette en Auvergne, l’accordéon est souvent là, en arrière-plan, pour soutenir la mélodie. Il est devenu l’outil universel du musicien de rue, du bal de fête, et du répertoire populaire.
Les chiffres ne mentent pas
En 2024, l’Association française des accordéonistes a recensé plus de 85 000 élèves inscrits dans des écoles de musique traditionnelle. Parmi eux, 73 % apprennent l’accordéon diatonique ou chromatique. Le nombre de festivals dédiés à l’accordéon en France dépasse les 120 par an - plus que pour tout autre instrument folklorique. À la Fête de l’accordéon à Tulle, chaque année, plus de 5 000 musiciens se réunissent. Ce n’est pas un événement isolé : à Saint-Étienne, à Montluçon, à Sainte-Enimie, les rassemblements sont aussi nombreux.
Les luthiers français, comme Maugein ou Hohner France, produisent encore plus de 15 000 accordéons par an, dont la majorité est destinée aux amateurs de musique traditionnelle. Ce n’est pas une mode passagère : c’est une pratique vivante, transmise de génération en génération.
Et les autres instruments ?
On pourrait penser que la vielle à roue, avec ses racines médiévales, est plus « authentique ». Elle l’est, sans doute. Mais elle est difficile à jouer, peu sonore, et rarement enseignée en dehors de quelques régions comme la Bourgogne ou la Champagne. La bombarde, elle, est très présente en Bretagne, mais elle ne fonctionne que dans un contexte très spécifique : en duo avec le biniou. Elle ne peut pas jouer seule.
La flûte à bec, utilisée dans les chants de Noël en Alsace ou en Lorraine, est plus douce, plus discrète. Elle ne se prête pas aux danses en plein air. Le tambourin, le triangle, ou la cithare sont des instruments de percussions ou d’accompagnement - ils n’assument jamais la mélodie principale.
L’accordéon, lui, peut tout faire. Il peut jouer une mélodie lente et triste comme un air de complainte, ou une danse rapide comme un galop. Il peut résonner dans une église ou dans une salle de bal bondée. Il n’a pas besoin d’électricité, d’amplificateur, ni de technologie. Il est l’outil parfait pour une culture où la musique se vit en groupe, en extérieur, et sans intermédiaire.
Les styles régionaux et leurs accordéons
Il n’y a pas un seul accordéon, mais plusieurs. Chaque région a développé sa version.
- En Auvergne, on préfère l’accordéon diatonique à 18 basses, léger, avec un son plus aigu, idéal pour les danses rapides.
- En Basse-Normandie, on utilise souvent l’accordéon chromatique à 24 basses, plus riche en sons, pour les valses et les polkas.
- En Alsace, les musiciens choisissent les accordéons à 120 basses, avec un son plus puissant, pour accompagner les grandes fêtes.
- En Provence, certains jouent des accordéons « à boutons » - plus petits, plus rapides, adaptés aux rythmes du tarantelle.
Chaque type a son timbre, sa technique, et sa place dans la culture locale. Mais tous partagent une chose : ils sont conçus pour être joués en public, pour faire danser, pour faire vibrer les murs d’une salle de bal.
Qui joue de l’accordéon aujourd’hui ?
On imagine souvent un vieil homme en chapeau, dans un bal de village. Ce n’est plus tout à fait vrai. Les jeunes de 15 à 30 ans sont de plus en plus nombreux à apprendre l’accordéon. Dans les écoles de musique, les classes de musique traditionnelle ont vu leur effectif augmenter de 40 % depuis 2020.
Des groupes comme Les Ramoneurs de Menhirs ou La Famille mélangent accordéon, guitare et voix pour créer un son moderne, mais toujours ancré dans les racines. Des musiciens comme Yann Tiersen ou Didier Squiban ont fait connaître l’accordéon à l’étranger, en le sortant des fêtes de village pour le mettre sur les scènes internationales.
Le changement ne vient pas de la technologie, mais de la transmission. Les grands-parents apprennent à leurs petits-enfants les airs de leur enfance. Les professeurs ne se contentent plus de transmettre les morceaux classiques : ils encouragent à composer, à improviser, à réinventer.
Le futur de l’accordéon folklorique
Il n’est pas menacé. Il évolue. Les jeunes musiciens utilisent des microphones, des effets, et même des batteries électroniques avec l’accordéon. Certains le jouent avec des chansons en anglais ou en arabe, pour refléter la diversité de la France d’aujourd’hui.
La Maison de l’accordéon à Montluçon, ouverte en 2022, accueille des ateliers pour les réfugiés, les personnes âgées, et les enfants des quartiers populaires. C’est devenu un instrument de lien social, pas seulement musical.
Il n’y a pas d’autre instrument en France qui réunisse autant de gens, dans autant de contextes, avec autant d’émotion. Il n’est pas le plus ancien, ni le plus sophistiqué. Mais il est le plus présent. Le plus utile. Le plus aimé.
Un instrument, une identité
L’accordéon n’est pas juste un objet. C’est un symbole. Il porte les souvenirs des fêtes de mai, des mariages en campagne, des veillées d’hiver. Il a survécu aux guerres, aux modes, aux changements sociaux. Il n’a pas besoin de réseaux sociaux pour exister. Il suffit d’un accordéon, d’un morceau appris par cœur, et d’un cercle de gens prêts à danser.
C’est pour ça qu’il reste l’instrument le plus utilisé. Pas parce qu’il est le plus beau. Mais parce qu’il est le plus vivant.
Pourquoi l’accordéon est-il plus populaire que la vielle à roue en musique folklorique ?
L’accordéon est plus facile à apprendre, plus sonore, et plus polyvalent. La vielle à roue, bien qu’ancienne, nécessite une technique très spécifique, produit un son plus doux et moins adapté aux danses en plein air. Elle est aussi beaucoup plus rare : moins de 5 % des musiciens traditionnels la jouent aujourd’hui, contre plus de 70 % pour l’accordéon.
L’accordéon est-il toujours enseigné dans les écoles de musique en France ?
Oui, et de plus en plus. Près de 80 % des écoles de musique en région rurale proposent des cours d’accordéon folklorique. Des programmes nationaux, comme ceux de la Fédération des Associations de Musique Traditionnelle, soutiennent son enseignement dans les écoles primaires, notamment en Auvergne, en Bretagne et en Provence.
Quels sont les types d’accordéons les plus utilisés en France ?
Les trois principaux sont : l’accordéon diatonique (18 basses), utilisé en Auvergne et en Limousin ; l’accordéon chromatique (24 basses), populaire en Normandie et en Île-de-France ; et l’accordéon à 120 basses, préféré en Alsace et dans les grandes villes pour ses sons riches. Chaque type correspond à un style régional et à un répertoire spécifique.
Est-ce que l’accordéon est utilisé dans les festivals modernes ?
Absolument. Des festivals comme le Festival de l’accordéon à Tulle, les Vieilles Charrues, ou même le Printemps de Bourges incluent des scènes dédiées à l’accordéon traditionnel. Des groupes comme Les Ramoneurs de Menhirs ou les Garçons Bouchers mélangent accordéon, rock et électro, ce qui attire une jeunesse qui ne connaissait pas cet instrument.
L’accordéon est-il en train de disparaître dans les zones rurales ?
Non, au contraire. Dans les zones rurales, l’accordéon est en pleine renaissance. Les jeunes retournent aux racines, et les associations locales organisent des stages, des bals, et des soirées musicales. En 2025, le nombre de bals folkloriques en milieu rural a augmenté de 22 % par rapport à 2020. L’accordéon est devenu un symbole d’identité, pas un vestige du passé.

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