Quand on pense à la musique folklorique française, une seule note résonne dans la plupart des esprits : l’accordéon. Ce petit instrument à clavier, souvent vu dans les bals musette ou les fêtes de village, n’est pas juste un symbole. Il est le cœur battant de la tradition musicale rurale française depuis plus d’un siècle. Mais pourquoi lui ? Et est-ce vraiment le seul instrument qui représente la France ?
L’accordéon : plus qu’un instrument, un symbole
L’accordéon est arrivé en France au début du XIXe siècle, importé d’Allemagne. Mais ce n’est pas son origine qui l’a rendu célèbre - c’est sa capacité à s’adapter. Dans les années 1920 et 1930, il a envahi les cafés-parisien, les bals populaires du Nord et les fêtes de la vendange en Bourgogne. Les musiciens ambulants, les musetteurs, le portaient en bandoulière et jouaient pour des danses qui duraient jusqu’au petit matin. Il n’avait pas besoin d’électricité, il pouvait se jouer dehors, dans la pluie ou la neige. Il était à la portée de tous.
Des artistes comme Charles Trenet ou Yvette Giraud l’ont popularisé dans les années 1950, mais c’est dans les campagnes qu’il a vraiment pris racine. En Auvergne, en Limousin, en Bretagne, chaque région avait sa façon de jouer. L’accordéon diatonique, avec ses 12 ou 16 boutons, était le plus répandu. Il produisait un son riche, un peu rauque, parfait pour les menusets, les bourrées et les scottish.
Les autres instruments, oubliés mais présents
Si l’accordéon domine, il n’est pas le seul. En Bretagne, le biniou - une sorte de cornemuse bretonne - accompagne la bombarde, un instrument à anche double qui ressemble à un hautbois. Ensemble, ils forment le duo sacré des fêtes de la Saint-Yves. Le son est aigu, perçant, mais d’une beauté sauvage. On l’entend encore dans les parades de la bagad, les fanfares traditionnelles bretonnes.
En Auvergne, le cabrette est la version locale de la cornemuse. Plus petite que la biniou, elle est faite de peau de chèvre et sonne comme un chant de berger. Elle était autrefois jouée par les bergers pendant les transhumances. Aujourd’hui, elle est rare, mais certains groupes comme Les Ramoneurs de Menhir la font revivre.
En Alsace, c’est le clavier à manche - un instrument à clavier avec des boutons latéraux - qui a marqué les fêtes de Noël. En Provence, la galoubet, une flûte à trois trous, accompagne le tambourin. Ce duo, simple mais entraînant, est le fondement du farandole, la danse collective des fêtes de la Saint-Jean.
La musette : un style, pas un instrument
Beaucoup confondent l’accordéon avec la musette. Mais la musette, c’est un style. Un genre musical né dans les années 1880 à Paris, inspiré des rythmes italiens et des danses populaires. Les musettes étaient des cafés où l’on dansait sur des valses, des polkas, des mazurkas. L’accompagnement ? Toujours l’accordéon. Parfois, un violon. Parfois, une clarinette. Mais jamais sans l’accordéon.
Le son typique de la musette, c’est le bourdon : une note continue produite par un registre de l’accordéon qui imite le bruit d’une cornemuse. Ce son, c’est ce qui donne à la musique française son caractère unique : à la fois joyeux et nostalgique, populaire mais profondément émouvant.
Pourquoi l’accordéon a-t-il survécu ?
Il a survécu parce qu’il n’a jamais été considéré comme un instrument d’élite. Il n’a jamais eu besoin de conservatoire. Il a été transmis de père en fils, de tante en neveu, dans les foyers, les bals, les marchés. Quand les jeunes quittaient les villages pour la ville, ils emportaient leur accordéon. Il est devenu un lien avec la terre, avec les racines.
Les années 1970 ont vu une régression. Le rock, la télévision, les nouvelles danses ont fait passer la musette pour démodée. Mais les années 2000 ont changé la donne. Des groupes comme La Bottine Souriante (au Québec) ou Les Ogres de Barback (en France) ont réinventé la musique traditionnelle. Des jeunes, souvent formés au jazz ou à la musique classique, ont repris l’accordéon. Ils l’ont rendu moderne sans le trahir.
Les instruments de la France aujourd’hui
Aujourd’hui, l’accordéon reste le plus joué dans les fêtes populaires. Selon une étude de l’Institut national de l’audiovisuel en 2023, plus de 70 % des groupes folkloriques français utilisent encore l’accordéon comme instrument principal. Il est présent dans 85 % des festivals régionaux.
Les autres instruments, eux, vivent dans des niches. La bombarde est enseignée dans 12 écoles en Bretagne. La cabrette est jouée par moins de 200 musiciens professionnels en France. La galoubet est apprise dans les écoles primaires du Vaucluse, mais rarement en dehors.
Il y a une raison à cela : l’accordéon est polyvalent. Il peut jouer un air de danse, une mélodie douce, un morceau de jazz, même un morceau de rock. Il ne se limite pas à une région. Il n’appartient à personne, mais il appartient à tous.
Un instrument qui parle de la France
La France n’a pas un seul instrument traditionnel. Elle en a plusieurs. Mais l’accordéon est le seul qui a réussi à traverser les frontières régionales, les classes sociales, les époques. Il n’est pas noble. Il n’est pas cher. Il n’est pas parfait. Mais il est vrai.
Quand vous entendez un accordéon dans un village du sud de la Loire, ce n’est pas juste de la musique. C’est une mémoire. C’est le son des mains qui ont travaillé la terre, des rires dans les bals, des amours qui n’ont jamais été écrits. C’est le son de la France profonde. Et c’est pour ça que, malgré les guitares électriques, les synths et les playlists, l’accordéon reste l’instrument typique de la France.
L’accordéon est-il vraiment l’instrument le plus joué en France aujourd’hui ?
Oui, selon les données de l’Institut national de l’audiovisuel (2023), plus de 70 % des groupes de musique folklorique française utilisent encore l’accordéon comme instrument principal. Il domine dans les bals populaires, les fêtes de village et les festivals régionaux. Même dans les nouvelles générations de musiciens, il reste le plus enseigné dans les écoles de musique traditionnelle.
Pourquoi l’accordéon a-t-il remplacé la cornemuse dans la plupart des régions ?
La cornemuse (comme la cabrette ou le biniou) est plus difficile à jouer et moins portable. L’accordéon, lui, permet de jouer des mélodies complexes avec des accords complets, ce qui le rend idéal pour les danses de groupe. Il est aussi plus facile à apprendre pour les débutants. Dans les années 1900, il est devenu le choix des musiciens ambulants et des cafés populaires - là où la musique se partageait avec le plus grand nombre.
Y a-t-il des régions en France où l’accordéon n’est pas utilisé ?
Oui, en Corse, la tradition musicale repose sur la cetera (une cithare) et les chants polyphoniques. En Alsace, les musiques traditionnelles s’appuient davantage sur l’harmonica et le clavier à manche. En Provence, la galoubet et le tambourin sont prédominants. Mais même dans ces régions, l’accordéon est parfois utilisé dans les fêtes modernes ou les réunions interrégionales.
Quelle est la différence entre un accordéon diatonique et un accordéon chromatique ?
L’accordéon diatonique a des boutons qui changent de note selon que vous poussez ou tirez le soufflet. Il est plus simple, mais limité à une tonalité. Il est idéal pour les danses traditionnelles. L’accordéon chromatique, lui, a des touches comme un piano et peut jouer dans toutes les tonalités. Il est plus utilisé en jazz ou en musique classique. En France, les musiciens folkloriques préfèrent le diatonique pour son authenticité.
Existe-t-il encore des écoles pour apprendre l’accordéon traditionnel en France ?
Oui. Des écoles comme l’École de Musique Traditionnelle de Saintes, le Conservatoire de Musique Populaire de Rennes, ou l’Atelier de la Musique du Sud-Ouest proposent des cours spécialisés. Ils enseignent non seulement la technique, mais aussi les répertoires régionaux : les bourrées du Limousin, les menusets du Bourbonnais, les valses du Nord. Des centaines d’enfants apprennent chaque année à jouer sur des accordéons fabriqués en France, par des artisans comme Poulain ou Hohner.

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