La musique traditionnelle, ce n’est pas juste des airs vieillis dans des livres. C’est le son des fêtes de village, des mariages, des récoltes, des veillées sous les étoiles. C’est ce qui a fait danser les générations avant nous, sans micro, sans streaming, sans réseau. Chaque région de France a sa propre musique, ses propres rythmes, ses propres instruments. Et ce n’est pas du folklore pour touristes - c’est vivant, encore joué, encore transmis.
Les racines de la musique traditionnelle française
La musique traditionnelle, c’est la musique des gens ordinaires. Pas des salles de concert, mais des fermes, des bistrots, des places de marché. Elle n’a pas été écrite par des compositeurs célèbres, mais passée de bouche à oreille, de père en fils, de mère en fille. Ce sont des airs qui ont survécu à la Révolution, aux guerres, à l’industrialisation. Des mélodies qui ont accompagné les travaux des champs, les longues nuits d’hiver, les cérémonies religieuses.
En France, chaque région a développé sa propre identité musicale. Ce n’est pas une seule musique, mais une douzaine, voire plus. La musique bretonne n’a rien à voir avec celle du Massif central. Et pourtant, elles partagent une même racine : l’oralité. Pas de partition. Pas de notation. Juste des mélodies apprises en écoutant, en répétant, en jouant ensemble.
Les instruments emblématiques de la musique folklorique
Les instruments traditionnels ne sont pas des objets de musée. Ce sont des outils vivants, façonnés par les mains des artisans locaux. Leur forme, leur son, leur matière - tout est lié au terroir.
- La bombarde, en Bretagne : une sorte de hautbois en bois, puissant et perçant, qui se marie parfaitement avec la biniou. Elle est faite de buis ou de sycomore, et son son peut se faire entendre à plus d’un kilomètre - idéale pour les fest-noz.
- Le cabrette, dans le Massif central : une petite musette à soufflet, souvent jouée dans les montagnes du Cantal ou du Limousin. Son timbre est plus aigu que celui de la vielle à roue, et elle a longtemps été l’instrument des bergers.
- La vielle à roue, répandue dans le nord et l’est : un instrument à cordes frottées, actionné par un rouet en bois. Son son doux et continu rappelle celui d’un violon en écho. On la trouve aussi en Suisse, en Italie du Nord, mais en France, elle a été le cœur des musiques de rue au XIXe siècle.
- Le hurdy-gurdy, ou vielle à roue : un instrument plus complexe, avec des clés pour changer les notes. Il était populaire dans les cortèges religieux et les fêtes paysannes. En Bourgogne et en Franche-Comté, il est encore joué par des musiciens qui le fabriquent eux-mêmes.
- La galoubet, en Provence : une flûte à trois trous, souvent jouée avec le tambourin. Ensemble, ils forment le duo typique des danses de la Saint-Jean. Le galoubet produit un son aigu, presque cristallin, qui résonne dans les ruelles des villages provençaux.
- La cornemuse alsacienne : différente de la cornemuse écossaise, elle a un son plus doux, plus chaud. Elle est souvent accompagnée de la clarinette dans les fêtes de village d’Alsace.
Ces instruments ne sont pas choisis au hasard. Ils sont faits avec ce que la terre offre : bois de frêne, peau de chèvre, cuivre local. Leur fabrication est un savoir-faire ancien, souvent transmis dans des familles d’artisans. Aujourd’hui, des ateliers comme celui de Jean-Pierre Dufour en Haute-Savoie ou de Marie-Claire Lefebvre en Bretagne continuent de les fabriquer à la main.
Les danses qui vont avec
La musique traditionnelle ne se vit pas assis. Elle se danse. Chaque région a ses pas, ses figures, ses rythmes.
- En Bretagne, le fest-noz est une fête où les gens dansent en cercle, en file, en couple, pendant des heures. Les danses comme le lanterne ou le gavotte ont des pas précis, appris dès l’enfance.
- En Auvergne, le farandole est une danse en chaîne, souvent dansée autour d’un arbre ou d’un feu. Les musiciens jouent en cercle, et les danseurs suivent le rythme du tambourin.
- En Provence, la bourrée est une danse rapide, avec des sauts et des claquettes. Elle se joue souvent en octobre, après la vendange.
- En Alsace, le schottisch est une danse en 2/4, plus élégante, souvent jouée lors des fêtes de Noël.
Les danses ne sont pas juste des mouvements. Elles racontent des histoires. Les pas d’un gavotte reproduisent le rythme des battements de marteau d’un forgeron. Les tours d’un farandole symbolisent la roue du temps. Danser, c’est se souvenir.
Les chansons qui portent les histoires
Les musiques traditionnelles sont souvent chantées. Les chansons populaires, appelées chansons de geste ou chansons à répondre, racontent des événements, des amours, des drames, des légendes.
En Normandie, on chante La Veuve de l’Île, une histoire de marin disparu. En Limousin, Le Chant des Gens du Bois évoque les bûcherons qui partaient en forêt pendant l’hiver. En Corse, les polyphonies sont des chants à plusieurs voix, souvent interprétés par des hommes, avec des harmonies profondes qui résonnent comme un vent dans les montagnes.
Ces chansons n’ont pas d’auteur connu. Elles ont été modifiées au fil des ans, selon les régions, les voix, les moments. C’est ça, la tradition : pas de version « officielle ». Chaque interprétation est juste.
La musique traditionnelle aujourd’hui
On a cru que ces musiques allaient disparaître. Que les jeunes préféreraient le rap ou le rock. Mais c’est l’inverse qui s’est produit. Depuis les années 2000, il y a eu un regain d’intérêt. Des jeunes musiciens, parfois formés au conservatoire, reprennent les airs anciens et les mélangent avec des sons modernes. Des groupes comme Tri Yann, Les Ramoneurs de Menhirs ou Les Fatals Picards ont fait connaître la musique traditionnelle à des générations qui ne l’avaient jamais entendue.
Des festivals comme Festival des Vieilles Charrues en Bretagne, Les Nuits du Puy-en-Velay ou La Fête de la Musique Traditionnelle en Auvergne attirent des dizaines de milliers de personnes chaque année. Des écoles de musique proposent désormais des cours de vielle à roue, de bombarde ou de cabrette. Des associations comme Le Réseau des Musiques Traditionnelles recensent les musiciens, organisent des stages, et aident à préserver les instruments.
Les instruments anciens sont aussi réparés, restaurés, parfois même redécouverts. En 2023, un luthier du Périgord a retrouvé les plans d’une vielle à roue du XVIIIe siècle, et en a fabriqué une copie exacte. Elle a été jouée pour la première fois en public à Périgueux - et le public a pleuré.
Comment découvrir la musique traditionnelle ?
Vous n’avez pas besoin d’être musicien pour aimer cette musique. Voici comment commencer :
- Écoutez des enregistrements authentiques : cherchez les collections de l’Institut national de l’audiovisuel (INA) ou les disques de Label L’Onde.
- Allez à un fest-noz ou une veillée folk dans votre région. Les billets sont souvent gratuits ou peu chers.
- Regardez des vidéos de musiciens en action : sur YouTube, les chaînes comme Trad’In France montrent des joueurs en situation réelle.
- Essayez un instrument : certaines associations proposent des ateliers d’initiation. La vielle à roue ou le tambourin sont souvent les plus accessibles.
- Parlez aux anciens : dans les villages, les personnes âgées gardent souvent des airs dans leur mémoire. Posez leur des questions. Elles vous les chanteront.
La musique traditionnelle n’est pas un passé figé. C’est un présent vivant. Elle ne se conserve pas dans un musée. Elle se joue, elle se danse, elle se chante. Et tant qu’il y aura quelqu’un pour la faire résonner, elle ne mourra pas.
Quelle est la différence entre musique traditionnelle et musique folklorique ?
Il n’y a pas de différence réelle. Les deux termes désignent la même chose : la musique des communautés locales, transmise oralement. « Folklorique » est un mot plus ancien, parfois utilisé par les chercheurs, mais dans la bouche des musiciens, on dit simplement « musique traditionnelle ». Le terme « folklorique » peut parfois avoir une connotation un peu stéréotypée, comme si c’était du spectacle. La musique traditionnelle, elle, est vivante, réelle, faite par et pour les gens.
Les musiques traditionnelles sont-elles encore enseignées dans les écoles ?
Oui, de plus en plus. Dans certaines régions, comme la Bretagne, l’Alsace ou la Corse, les écoles proposent des ateliers de musique traditionnelle en complément du programme national. Des professeurs spécialisés viennent enseigner la vielle, la bombarde ou le galoubet. Certains collèges ont même des orchestres de musique traditionnelle. Ce n’est pas encore partout, mais c’est en train de se développer.
Peut-on acheter des instruments traditionnels en ligne ?
Oui, mais attention. Beaucoup d’instruments vendus en ligne sont des copies de mauvaise qualité, fabriquées en série en Asie. Elles ne sonnent pas comme les vrais instruments. Pour un bon départ, privilégiez les luthiers locaux ou les artisans reconnus. Des sites comme Ateliers de la Vielle ou La Maison du Tambourin proposent des instruments fabriqués en France, avec garantie et accompagnement. Un bon instrument, c’est un investissement, pas un objet de décoration.
Pourquoi la musique traditionnelle est-elle souvent jouée en duo ?
Parce que les instruments traditionnels ont des sons limités. Une bombarde ne peut pas jouer toutes les notes d’une gamme. Un tambourin ne fait que rythme. Alors on les couple : la bombarde joue la mélodie, la biniou joue l’accompagnement. La vielle à roue donne le fond, le galoubet ajoute la lumière. C’est une logique d’ensemble, pas de soliste. La musique traditionnelle est une conversation entre instruments.
Y a-t-il des musiques traditionnelles en ville ?
Oui. Même si elles viennent des campagnes, ces musiques ont trouvé leur place en ville. À Lyon, à Marseille, à Lille, des groupes de jeunes jouent des airs bretons, provençaux ou basques dans les cafés, les bibliothèques, les festivals urbains. Les musiciens traditionnels ne sont pas seulement des « gardiens du passé ». Ils sont aussi des créateurs qui réinventent la musique pour aujourd’hui.
La musique traditionnelle, ce n’est pas un vestige. C’est une voix qui continue de parler. Et tant qu’il y aura des mains pour jouer, des pieds pour danser, des voix pour chanter, elle restera vivante.

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