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Quels instruments sont utilisés dans la musique folklorique française ?

Quels instruments sont utilisés dans la musique folklorique française ?
Par Aurélie Durant 16 déc. 2025

La musique folklorique française n’est pas qu’une collection de chansons anciennes. C’est un monde sonore vivant, façonné par les paysages, les saisons et les gestes des gens du terroir. Derrière chaque mélodie, il y a un instrument qui a été choisi non pas pour sa beauté, mais pour sa capacité à résonner dans les salles des fêtes, les champs de blé ou les chemins de pèlerinage. Ces outils ne sont pas des objets de musée. Ils parlent. Et ils parlent encore.

Les instruments qui portent les sons des régions

En France, chaque région a développé ses propres instruments, adaptés à ses besoins, à ses matériaux et à ses rythmes. Pas de liste universelle. Pas de standard national. Ce qui fonctionne en Bretagne ne marche pas en Provence, et vice versa. L’identité musicale est locale, presque familiale.

En Bretagne, la bombarde est l’instrument qui fait vibrer les fêtes. C’est une petite clarinette en bois, sonore et perçante, souvent jouée en duo avec la biniou, une cornemuse plus aiguë. Ensemble, ils créent un son qui traverse les nuits de fest-noz, comme un cri de joie qui ne veut pas s’arrêter. Les musiciens les tiennent comme des armes - ils ne jouent pas, ils déclarent la fête.

En Auvergne, c’est le cabrette qui domine. Une cornemuse plus petite, plus maniable, avec un son plus sec, presque grinçant. On la porte à la ceinture, on la joue en marchant, en dansant, en travaillant. Elle a accompagné les bergers sur les hauteurs, les ouvriers dans les mines, les enfants dans les cours d’école. Elle n’est pas faite pour être écoutée. Elle est faite pour être vécue.

L’accordéon, roi des bals populaires

Si un seul instrument peut représenter la musique folklorique française dans l’imaginaire collectif, c’est l’accordéon diatonique. Pas l’accordéon classique, pas l’instrument de salon. Celui-là, avec ses boutons et ses soufflets, est né dans les campagnes du XIXe siècle. Il est devenu l’outil de la danse populaire.

En Île-de-France, en Normandie, en Bourgogne, il a remplacé les instruments à vent trop bruyants ou trop fragiles. Il peut jouer un menuet, une valse, une bourrée - et même une chanson de révolte. Les musiciens l’appellent « l’harmonica des paysans ». Il ne nécessite pas d’orchestre. Un seul homme, un seul souffle, et la salle entière danse.

Le musette est une variante de l’accordéon, plus douce, plus ronde, avec des jeux deanches qui vibrent ensemble. Il a été popularisé dans les bals de Paris dans les années 1930, mais ses racines sont bien plus profondes. Il vient des montagnes du Massif central, où les bergers le jouaient pour apaiser les bêtes. Aujourd’hui, il est encore utilisé dans les fêtes de village, surtout dans le Limousin et le Cantal.

Les cordes qui chantent les histoires

Les instruments à cordes ont toujours eu une place centrale dans la transmission orale. En Provence, la cithare provençale - ou « cistre » - est une petite guitare à cordes métalliques, souvent avec sept cordes. On la joue avec les doigts, pas avec un médiator. Elle accompagne les récits de troubadours, les contes des veillées d’hiver. Son son est clair, presque cristallin, comme une goutte d’eau tombant dans un puits.

En Corse, c’est la cetera - une version locale de la cithare - qui porte les polyphonies. Elle est jouée en trio avec la voix et la flûte, et chaque note est une pause dans le récit. Les Corse disent qu’elle « parle comme une femme qui chante à son enfant ».

En Alsace, on trouve encore la geige, une vièle à roue. Ce n’est pas un instrument facile. Il faut tourner une roue en frottant les cordes avec un archet. Le son est continu, comme un murmure qui ne s’arrête jamais. On le jouait autrefois dans les fermes isolées, pendant les longues nuits d’hiver. Aujourd’hui, il est presque disparu - mais quelques musiciens le font revivre dans les festivals.

Berger en Auvergne portant une cabrette en marchant dans les pâturages montagneux au lever du soleil.

Les percussions, le cœur qui bat

La musique folklorique n’est pas seulement faite de mélodies. Elle a aussi un pouls. Ce pouls, c’est la percussion. En Bretagne, le tabor - un petit tambourin tenu d’une main, joué avec l’autre - accompagne la bombarde. Il n’a pas besoin d’être fort. Il doit juste être précis. Un seul coup mal placé, et la danse se casse.

En Occitanie, le castagnettes - des cliquetis en bois - marquent le rythme des danses rapides. On les porte aux doigts, comme des bagues. Elles ne font pas de bruit, elles font de la mémoire. Chaque claquement rappelle une étape du bal, un pas oublié, une main qui se serre.

En Languedoc, les claves - deux bâtons de bois frappés ensemble - sont utilisées pour guider les chants de travail. Elles ont été inventées par les vignerons pour synchroniser les gestes de la vendange. Aujourd’hui, elles sont encore utilisées dans les processions religieuses de la Saint-Jean.

Les instruments oubliés, mais pas morts

Beaucoup d’instruments ont disparu, mais pas tous. En Normandie, on retrouve encore le flageolet - une petite flûte à six trous - qui servait aux paysans pour communiquer d’un champ à l’autre. En Auvergne, le musoir - une sorte de flûte de pan en os de bœuf - était utilisé pour imiter les cris des animaux. En Lorraine, le vielle à roue a été remplacée par l’accordéon, mais quelques artisans la reconstruisent encore à la main.

Ces instruments ne sont pas des reliques. Ce sont des outils en attente d’être réappris. Des jeunes musiciens les récupèrent, les étudient, les modifient. Certains les associent à des sons électroniques. D’autres les jouent dans des écoles de musique traditionnelle. Ils ne veulent pas les conserver. Ils veulent les faire vivre.

Accordéon diatonique flottant au-dessus d'un village français, ses notes se transformant en silhouettes de danseurs et de paysans.

Comment reconnaître un instrument folklorique ?

Un instrument folklorique n’est pas défini par son âge, mais par son usage. Il ne sert pas à jouer sur scène. Il sert à danser, à célébrer, à travailler, à pleurer, à prier. Il est fait de matériaux locaux : bois de chêne, peau de chèvre, métal recyclé. Il est souvent construit à la main, par un artisan du village, ou par un père pour son fils.

Il n’est pas vendu en magasin. Il se transmet. On le reçoit. On le répare. On le partage. Il n’a pas de marque. Il a une histoire.

Si vous entendez un son qui vous fait lever les bras, qui vous fait bouger les pieds, qui vous rappelle quelque chose que vous ne connaissez pas - c’est probablement un instrument folklorique. Il ne vous parle pas avec des mots. Il vous parle avec la terre.

Les instruments les plus répandus aujourd’hui

En 2025, certains instruments sont plus visibles que d’autres. Voici les cinq qui reviennent le plus souvent dans les festivals, les écoles et les disques :

  • Accordéon diatonique - présent dans 85 % des groupes folkloriques en France
  • Bombarde et biniou - incontournables en Bretagne, utilisés dans 92 % des fest-noz
  • Cithare provençale - en plein regain en Provence, avec 15 écoles spécialisées
  • Cabrette - encore jouée dans 40 % des villages d’Auvergne
  • Tabor - utilisé dans plus de 60 régions comme instrument de soutien rythmique

Les autres instruments, plus rares, sont soutenus par des associations locales. Le musoir, le vielle à roue, la cetera - ils ne sont pas sur les scènes internationales. Mais ils sont dans les maisons. Et c’est là que la musique folklorique continue de vivre.

Quel est l’instrument le plus ancien utilisé dans la musique folklorique française ?

La vielle à roue est l’un des instruments les plus anciens encore présents. Des représentations de ce type d’instrument existent dès le XIIe siècle dans les manuscrits médiévaux. En France, elle était utilisée pour accompagner les chants sacrés et profanes. Même si elle a été largement remplacée par l’accordéon au XIXe siècle, quelques artisans la reconstruisent encore à l’identique, avec des cordes en boyau et des roues en bois de chêne.

Pourquoi l’accordéon diatonique est-il si populaire dans la musique folklorique ?

L’accordéon diatonique est compact, peu coûteux, et ne nécessite pas d’électricité. Il peut produire des sons riches avec une seule main, et son système de soufflets permet de jouer des mélodies et des accords simultanément. Contrairement à l’accordéon chromatique, il est conçu pour les rythmes de danse : chaque bouton donne une note différente selon qu’on pousse ou qu’on tire le soufflet. Cela crée un effet de « rebond » naturel, parfait pour les danses traditionnelles comme la bourrée ou la valse.

Les instruments folkloriques sont-ils encore fabriqués aujourd’hui ?

Oui, mais pas en série. Des artisans indépendants, souvent dans des régions rurales, continuent de les fabriquer à la main. En Bretagne, des luthiers utilisent du chêne de la forêt de Brocéliande pour les bombardes. En Provence, des citharistes utilisent des cordes en acier recyclé, comme au XIXe siècle. Ces instruments ne sont pas vendus en grande surface. On les commande, souvent par transmission orale, chez un maître artisan. Le délai d’attente peut aller jusqu’à deux ans.

Peut-on apprendre à jouer un instrument folklorique sans professeur ?

C’est possible, mais difficile. La plupart de ces instruments n’ont pas de méthode standardisée. Les sons, les doigtés, les nuances - tout est transmis par imitation. Les jeunes apprennent en écoutant des enregistrements anciens, en regardant des vidéos de concerts de village, en jouant avec des musiciens plus âgés. Certains groupes organisent des « ateliers de transmission » où l’on apprend en écoutant, en répétant, en se trompant. La perfection n’est pas le but. La justesse du geste, oui.

Quelle est la différence entre musique folklorique et musique traditionnelle ?

Il n’y a pas de différence réelle. Les deux termes sont souvent utilisés de manière interchangeable. Mais certains spécialistes distinguent : la musique « traditionnelle » désigne les sons transmis oralement depuis des générations, sans notation écrite. La musique « folklorique » inclut parfois des reprises modernes, des arrangements, ou des influences extérieures. En pratique, dans les villages, on ne fait pas cette distinction. On joue ce que l’on a appris, et ce que l’on aime.

Que faire si vous voulez découvrir ces instruments ?

Ne cherchez pas sur YouTube des vidéos de concert. Cherchez des festivals locaux. Regardez les programmes des fêtes de la Saint-Jean, des marchés de Noël en province, des vide-greniers où les musiciens se rassemblent. Allez écouter dans une salle de village, pas dans une salle de concert. Posez des questions. Offrez un verre. Les musiciens ne vendent pas leur art. Ils le partagent.

Si vous voulez en jouer, commencez par l’accordéon diatonique. Il est le plus accessible. Les cours existent dans presque toutes les villes de plus de 20 000 habitants. Mais n’achetez pas un instrument neuf. Trouvez un instrument d’occasion, un qui a été réparé plusieurs fois, un qui a des traces de doigts sur le bois. Il vous parlera mieux qu’un modèle neuf.

La musique folklorique ne se conserve pas. Elle se réinvente. Et elle a encore beaucoup à dire.

Étiquettes: instruments folkloriques musique traditionnelle française balalaïka bombarde accordéon diatonique musette cithare
  • décembre 16, 2025
  • Aurélie Durant
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RÉPONSES

Therese Sandfeldt
  • Therese Sandfeldt
  • décembre 17, 2025 AT 10:42

Je viens de passer une soirée à un fest-noz en Bretagne et j’ai pleuré en entendant la bombarde et le biniou… 🥹 Ce son, c’est comme une tempête qui te prend par la main et te fait danser malgré toi. Merci pour ce texte, il m’a fait revivre cette nuit.

Emmanuel Soh
  • Emmanuel Soh
  • décembre 18, 2025 AT 15:22

En Cameroun, on a aussi des instruments en bois et en peau, mais personne ne les enregistre. Votre texte m’a fait penser à mon grand-père qui jouait du balafon sous les manguiers… J’aimerais bien qu’on fasse un échange culturel un jour.

Maxime Thebault
  • Maxime Thebault
  • décembre 19, 2025 AT 03:28

Je suis luthier dans le Cantal, et je construis des cabrettes depuis 15 ans. Je vous dis ça parce que je vois trop de gens croire que c’est « un vieux truc ». Non. C’est un outil vivant. Chaque bois, chaque peau, chaque ressort a une histoire. Je les choisis comme on choisit un ami. Et je les répare comme on répare une promesse.

Nicolas Poizot
  • Nicolas Poizot
  • décembre 20, 2025 AT 13:53

Il est essentiel de contextualiser l’évolution instrumentale dans le cadre des dynamiques socio-économiques rurales du XIXe siècle à nos jours. L’adoption de l’accordéon diatonique n’est pas simplement une question d’ergonomie ou de sonorité - c’est une réponse structurelle à la désagrégation des réseaux de transmission orale induite par l’urbanisation accélérée. La vielle à roue, par exemple, exigeait un apprentissage encadré par un maître, souvent familial, tandis que l’accordéon, modulaire et autodidacte, s’inscrit dans une logique de décentralisation culturelle. Ce n’est pas une évolution, c’est une mutation épistémologique.

Alexis Petty-Rodriguez
  • Alexis Petty-Rodriguez
  • décembre 21, 2025 AT 21:14

Oh, super, encore un article qui traite l’accordéon comme un saint sacré… Et la flûte à six trous en os de chêne de Normandie ? Ou le tambourin à double peau des Pyrénées ? Non, bien sûr, on ne parle que de ce qui est « tendance » dans les festivals bio et vegan. Le folklorique, c’est pas un catalogue de produits culturels. C’est du vécu, pas du marketing.

Myriam LAROSE
  • Myriam LAROSE
  • décembre 22, 2025 AT 23:43

Je me demande si ces instruments ne sont pas des miroirs de notre âme collective. La bombarde crie parce qu’on a peur de se taire. La vielle murmure parce qu’on a oublié comment parler doucement. L’accordéon danse parce qu’on a besoin de croire qu’on peut encore bouger ensemble. Peut-être que ce n’est pas la musique qui nous sauve… c’est le fait qu’on la laisse encore exister.

Mohamed Maiga
  • Mohamed Maiga
  • décembre 23, 2025 AT 16:38

Je viens du Mali, et j’ai vu des musiciens jouer du ngoni avec des cordes de fil de fer. Ici, c’est pareil : des gens utilisent ce qu’ils ont, et ça devient sacré. Ce n’est pas la richesse du matériau, c’est la patience dans le geste. Quand tu vois un vieux jouer de la cithare en chantant à sa fille, tu comprends : c’est pas un instrument, c’est un lien.

Camille Bonner
  • Camille Bonner
  • décembre 23, 2025 AT 21:17

Vous savez qui a financé la « renaissance » de la vielle à roue ? Des fondations européennes. Qui a mis les jeunes sur les scènes de festivals ? Des ONG avec des budgets de communication. Qui a effacé les vrais joueurs de musoir dans les fermes isolées ? Des documentaristes avec des micros de 5000€. La musique folklorique n’est pas vivante… elle est en soins palliatifs, avec un filtre Instagram.

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