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Quels sont les instruments de la musique de la Renaissance en Europe ?

Quels sont les instruments de la musique de la Renaissance en Europe ?
Par Aurélie Durant 22 févr. 2026

La musique de la Renaissance, qui s’est développée entre le XVe et le début du XVIIe siècle, n’était pas seulement une affaire de notes écrites. Elle vivait dans les châteaux, les églises, les marchés et les fêtes de village. Et pour que cette musique prenne vie, il fallait des instruments - des objets concrets, parfois fragiles, souvent fabriqués à la main, qui portaient en eux la voix d’une époque. Si vous vous demandez quels instruments étaient utilisés à cette époque, la réponse n’est pas une simple liste. C’est une histoire de matières, de techniques, de sons qui ont façonné la musique occidentale.

Le luth : le roi des instruments de chambre

Le luth est un instrument à cordes pincées, à manche court et à caisse de résonance en forme de poire. Il était partout. Dans les cours royales, il servait à accompagner les chansons d’amour. Dans les foyers bourgeois, il permettait aux amateurs de jouer des pièces apprises par cœur. Son son était doux, presque intime, idéal pour les petits espaces. Les luths de la Renaissance avaient généralement six paires de cordes (appelées cours), ce qui leur permettait de jouer des accords riches et des mélodies complexes. Les musiciens comme John Dowland ou Francesco da Milano ont écrit des œuvres qui restent des chefs-d’œuvre du répertoire pour luth.

La vielle à roue : le son des rues et des fêtes populaires

Contrairement au luth, la vielle à roue est un instrument à cordes frottées, dont les cordes sont mises en vibration par une roue en bois tournée à la main. Elle ressemble à un violon, mais son son est plus continu, presque comme un chant de fond. Elle était très populaire parmi les musiciens itinérants, les paysans et les jongleurs. Son son n’était pas raffiné, mais il était puissant et facile à faire entendre dans les fêtes de village. En France, on la trouvait surtout dans le sud, en Provence et en Languedoc, où elle accompagnait les danses traditionnelles. Elle a survécu jusqu’au XIXe siècle dans certaines régions, et on la retrouve encore aujourd’hui dans les groupes de musique ancienne.

Le clavecin : l’organe des salons et des cours

Le clavecin est un instrument à cordes pincées, joué avec un clavier, qui produisait un son cristallin et précis. Il était le symbole du statut social. Dans les palais de l’Europe, il était souvent le seul instrument à cordes capable de jouer des pièces polyphoniques complètes - c’est-à-dire plusieurs mélodies en même temps. Les clavecins de la Renaissance avaient souvent deux claviers et plusieurs jeux de cordes, ce qui permettait de varier le volume et la couleur du son. Des compositeurs comme William Byrd ou Jan Pieterszoon Sweelinck ont écrit des œuvres qui mettaient en valeur sa capacité à jouer des fugues et des variations. Il n’était pas portable, mais il était indispensable dans les maisons riches.

Un musicien ambulant joue de la vielle à roue dans une fête de village provençale.

Le crumhorn : le son bizarre qui faisait rire

Le crumhorn est un instrument à anche double, en forme de J, avec une sonorité nasalée et ronflante. Il ressemble à un tube courbé avec un embouchure en forme de capsule. Son son est unique - à la fois aigu et profond, presque comme un oie qui crie. Il était souvent joué en ensemble, avec d’autres crumhorns de différentes tailles, formant une « famille » d’instruments. On le trouvait surtout dans les villes allemandes et flamandes, où il était utilisé pour les danses de cour et les cérémonies civiques. Il n’était pas fait pour les églises, mais pour les fêtes. Aujourd’hui, il est redevenu populaire dans les groupes de musique ancienne, pour son caractère si particulier.

La chalemie : l’ancêtre de la clarinette

La chalemie est une clarinette primitive, à anche simple, avec un corps cylindrique et un son chaud et puissant. Elle était très répandue dans les campagnes françaises, italiennes et espagnoles. Contrairement aux instruments de cour, la chalemie était jouée par les paysans, les bergers, les soldats. Elle servait à marquer les saisons, les récoltes, les mariages. Son son était facile à entendre à distance, ce qui en faisait un instrument idéal pour les processions et les rassemblements. Elle avait généralement six trous, et les musiciens apprenaient à jouer par imitation, sans partition. C’est l’un des rares instruments de la Renaissance qui a survécu dans les traditions populaires jusqu’à aujourd’hui.

Les instruments à vent : les cornemuses et les chalumeaux

Les cornemuses, appelées musette en France ou zampogna en Italie, étaient des instruments à vent à sac, avec plusieurs tuyaux. Elles produisaient un son continu, idéal pour danser. Dans les régions montagneuses, elles accompagnaient les fêtes de fin d’année. Les chalumeaux, eux, étaient des flûtes à anche simple, plus petites que la chalemie, et plus aiguës. On les utilisait souvent en duo avec la vielle ou le luth. Tous ces instruments avaient un point commun : ils étaient fabriqués localement, avec du bois, de la corne, de la roseau. Leur son variait d’un village à l’autre, car chaque artisan avait sa propre technique.

Un clavecin doré dans un salon Renaissance, avec un crumhorn et une chalemie posés à côté.

Les percussions : les tambours et les castagnettes

Les instruments à percussion n’étaient pas les plus nobles, mais ils étaient les plus présents. Le tambourin, petit tambour à cadre, était utilisé dans les danses de cour et de rue. Les castagnettes, souvent en bois ou en corne, étaient jouées par les femmes lors des fêtes. Dans certaines régions, on utilisait des claves - deux bâtonnets frappés ensemble - pour marquer le rythme. Ces instruments n’avaient pas de partition, mais ils donnaient la structure aux danses. Sans eux, la musique de la Renaissance n’aurait pas bougé.

Pourquoi ces instruments ont-ils disparu ?

Beaucoup de ces instruments ont été remplacés au XVIIIe siècle par des versions plus modernes. Le luth a cédé la place au violon. Le clavecin a été supplanté par le piano. Le crumhorn et la chalemie ont été jugés trop « rustiques » par les musiciens de la cour. Mais ils n’ont pas vraiment disparu. Ils ont été redécouverts au XXe siècle, par des musicologues et des amateurs passionnés. Aujourd’hui, on les entend dans les festivals de musique ancienne, dans les églises restaurées, ou dans les écoles de musique spécialisées. Leur son est plus qu’un souvenir : c’est une preuve que la musique n’a jamais été qu’une affaire de mains, de bois, et de cœur.

Quels étaient les instruments les plus populaires dans les fêtes de village pendant la Renaissance ?

Les instruments les plus populaires dans les fêtes de village étaient la vielle à roue, la chalemie, le tambourin et les castagnettes. Ils étaient faciles à jouer, peu coûteux, et produisaient un son suffisamment fort pour être entendu en extérieur. La vielle à roue, en particulier, était souvent le seul instrument à pouvoir jouer des mélodies continues pendant les danses. Les groupes de musiciens ambulants les utilisaient en combinaison pour créer une ambiance festive.

Pourquoi le luth était-il considéré comme un instrument de cour ?

Le luth était considéré comme un instrument de cour parce qu’il permettait de jouer des pièces complexes avec une grande expressivité. Il était facile à transporter, ce qui en faisait un instrument idéal pour les musiciens à la solde des nobles. De plus, son son doux et intime convenait aux salons fermés, où l’on privilégiait la finesse plutôt que la puissance. Les aristocrates apprenaient à jouer du luth comme une preuve de culture, et les maîtres de musique étaient souvent des artistes célèbres.

Le clavecin était-il utilisé dans les églises ?

Le clavecin était rarement utilisé dans les églises pendant la Renaissance. Les églises préféraient l’orgue, qui pouvait remplir de grandes salles avec un son puissant et continu. Le clavecin, lui, était trop doux et trop fragile pour les espaces sacrés. Il était surtout réservé aux salons privés, aux cours royales et aux maisons bourgeoises. Certains organistes l’utilisaient pour répéter des pièces, mais il n’était jamais le principal instrument liturgique.

Les instruments de la Renaissance étaient-ils fabriqués en série ?

Non, presque aucun instrument de la Renaissance n’était fabriqué en série. Chaque instrument était fait à la main par un artisan local, souvent dans son atelier familial. Les matériaux variaient selon la région : le bois de noyer en France, le bois de cèdre en Italie, la corne de bœuf en Allemagne. Cela explique pourquoi deux luths du même siècle peuvent avoir des sons très différents. La personnalisation était la norme, pas l’exception.

Quels instruments de la Renaissance sont encore joués aujourd’hui ?

Plusieurs instruments de la Renaissance sont encore joués aujourd’hui, surtout dans les groupes de musique ancienne. Le luth, le clavecin, la vielle à roue, la chalemie et le crumhorn sont régulièrement utilisés dans les concerts, les festivals et les écoles de musique. Des luthiers modernes reproduisent fidèlement les modèles historiques, en utilisant les mêmes techniques et matériaux. Ce n’est pas une reconstitution : c’est une continuité vivante.

Que faire maintenant pour découvrir ces sons ?

Si vous voulez entendre ces instruments, cherchez des concerts de musique ancienne dans les églises de Lyon, de Dijon ou de Toulouse. Beaucoup de festivals, comme les « Nuits de la Renaissance » à Amboise, proposent des représentations avec des musiciens en costumes d’époque. Vous pouvez aussi écouter des enregistrements sur les plateformes spécialisées - les ensembles comme Les Paladins ou Le Concert des Nations ont fait des disques remarquables. Et si vous avez envie de jouer, certaines écoles proposent des stages pour apprendre le luth ou la vielle à roue. Ce ne sont pas des instruments du passé. Ce sont des voix qui parlent encore.

Étiquettes: instruments Renaissance musique ancienne luth vielle crumhorn chalemie clavecin
  • février 22, 2026
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