La musique traditionnelle ne se limite pas à des mélodies anciennes. Elle vit dans les mains des musiciens qui la jouent, dans les fêtes de village, les mariages, les cérémonies religieuses et même dans les rues des villes. Derrière chaque son, il y a un instrument. Un objet conçu par des mains, façonné par des siècles, et transmis de génération en génération. Mais quels sont vraiment les instruments de musique traditionnels les plus significatifs dans le monde ? Pas ceux qu’on voit dans les musées, mais ceux qui continuent de résonner aujourd’hui.
Les instruments qui parlent encore
En France, le biniou est un instrument à anche double, proche de la cornemuse, utilisé dans la musique bretonne. Il ne s’agit pas d’un décor. Dans les fest-noz, il crie, il hurle, il guide les danseurs. Il est couplé au bombard est un instrument à anche simple, à sonorité puissante, souvent joué en duo avec le biniou. Ensemble, ils forment une paire inséparable, comme deux voix qui s’interpellent. Ce n’est pas du folklore pour touristes. C’est une langue sonore vivante.
En Écosse, la bagpipe est une cornemuse écossaise à tuyaux, dont le son grave et prolongé accompagne les marches militaires et les cérémonies funéraires. Elle est partout : dans les écoles, les mariages, les commémorations. Les enfants apprennent à jouer avant d’apprendre à lire. Elle n’est pas un instrument de spectacle. Elle est un symbole d’identité.
En Russie, le balalaïka est un instrument à cordes pincées, à corps triangulaire, souvent utilisé dans les orchestres populaires russes. Ses trois cordes produisent un son clair, presque cristallin. Dans les années 1800, des musiciens ont transformé ce qui était un instrument de paysans en un outil d’orchestre national. Aujourd’hui, il est encore joué dans les fêtes de fin d’année, dans les villages de Sibérie comme dans les salles de concert de Moscou.
Les instruments invisibles mais puissants
En Afrique de l’Ouest, le djembe est un tambour en bois, recouvert de peau de chèvre, dont les sons varient selon la pression des mains. Il n’est pas seulement un instrument. C’est un messager. Chaque rythme raconte une histoire : un accouchement, une chasse, un deuil. Les batteurs ne jouent pas pour eux-mêmes. Ils parlent pour la communauté. Dans les villages du Mali, du Burkina Faso ou de la Guinée, un djembe peut appeler à la réunion, annoncer une nouvelle, ou guérir un esprit.
En Inde, le sitar est un instrument à cordes pincées, à long manche et à résonateurs, central dans la musique classique hindoustanie. Il a été popularisé dans les années 1960 par George Harrison des Beatles. Mais avant cela, il était joué dans les cours royales du nord de l’Inde. Chaque note est travaillée pendant des années. Les musiciens passent des heures à ajuster les cordes, à écouter les résonances, à trouver la juste vibration. Ce n’est pas de la musique. C’est une méditation sonore.
En Amérique du Sud, le charango est un petit instrument à cordes, souvent fait avec une coque d’armadille, utilisé dans les musiques andines. Il est petit, fragile, mais son son est percutant. Les enfants en jouent dès l’âge de 5 ans. Dans les Andes péruviennes et boliviennes, il accompagne les chants de travail, les fêtes de la moisson, les cérémonies liées à la Pachamama. Il n’y a pas de charango identique. Chaque artisan le façonne selon ses propres rêves.
Les instruments oubliés, mais pas morts
En Bretagne, le trictrac est un instrument à cordes frottées, proche du violon, mais avec une caisse de résonance plus large, utilisé dans la musique de danse traditionnelle. Il a failli disparaître dans les années 1980. Aujourd’hui, une dizaine de luthiers en fabriquent encore, dans des ateliers du Finistère. Les jeunes musiciens le rediscover. Ils le jouent avec des électro-acoustiques. Ils le mélangent au rock. Il n’est plus un relic. Il est un pont.
En Grèce, le bouzouki est un instrument à cordes pincées, à manche long et à caisse en forme de poire, central dans la musique rebétiko. Il est devenu populaire dans les années 1950, mais son origine remonte aux Byzantins. Il a été utilisé dans les quartiers pauvres de Thessalonique pour exprimer la douleur, la révolte, l’amour. Aujourd’hui, il est encore joué dans les tavernes de la mer Égée, par des musiciens qui n’ont jamais entendu parler de la musique pop.
En Mongolie, le tovshuur est un luth à deux cordes, souvent joué pour accompagner les chants gutturaux appelés "khöömei" . Il est simple, presque rudimentaire. Mais il est le seul instrument capable de soutenir les harmoniques du chant throat. Les jeunes Mongols l’apprennent dans les écoles rurales. Il n’est pas un objet de collection. Il est un lien entre l’homme et la steppe.
Les instruments qui ne sont pas faits pour être joués
Certaines cultures n’ont pas besoin d’instruments complexes. Elles utilisent ce qui est autour d’elles. En Papouasie-Nouvelle-Guinée, les hommes frappent des bâtons de pluie sont des tuyaux creux remplis de graines, qu’on fait rouler pour imiter le bruit de la pluie. En Amazonie, les Indiens utilisent des coquilles de noix de coco sont remplies de graines et secouées comme des maracas. En Afrique du Sud, les femmes claquent des mains sur des cercles de terre battue pour créer des rythmes complexes. Ces objets n’ont pas de nom dans les catalogues de musées. Mais ils sont plus vivants que n’importe quel synthétiseur.
Le vrai héritage : la transmission
Les instruments traditionnels ne survivent pas parce qu’ils sont beaux. Ils survivent parce qu’on les transmet. Dans les écoles de musique traditionnelle en Irlande, les enfants apprennent le bodhrán est un tambour à cadre, joué avec une baguette, utilisé dans la musique irlandaise avant d’apprendre l’alphabet. En Catalogne, les enfants apprennent le flabiol est une petite flûte à six trous, souvent jouée en duo avec le tabor dans les cours de l’école primaire. En Chine, les maîtres de erhu sont un instrument à deux cordes frottées, proche du violon, central dans la musique traditionnelle chinoise enseignent encore en privé, dans des jardins, dans des maisons de campagne.
Il n’y a pas de grand concert qui sauve un instrument. Il n’y a pas de vidéo virale qui le fait vivre. Ce qui le sauve, c’est un vieux musicien qui donne son instrument à un enfant, et lui dit : "Fais-en ton langage."
Quels sont les instruments de musique traditionnels les plus connus dans le monde ?
Les instruments les plus connus sont le djembe en Afrique de l’Ouest, le sitar en Inde, le charango en Amérique du Sud, la bagpipe en Écosse, le biniou et le bombard en Bretagne, et le bouzouki en Grèce. Ce ne sont pas les plus anciens, mais ceux qui sont encore vivants, joués, transmis et adaptés.
Pourquoi certains instruments traditionnels ont-ils disparu ?
Ils ont disparu quand les communautés qui les utilisaient ont perdu leur langage, leurs rituels ou leur identité. La colonisation, l’urbanisation, la modernisation ont effacé les pratiques locales. Mais certains instruments reviennent, grâce à des mouvements de réappropriation culturelle, souvent portés par les jeunes générations.
Peut-on apprendre un instrument traditionnel sans aller dans son pays d’origine ?
Oui, mais avec des limites. Il existe des cours en ligne, des tutoriels, des masters en ligne. Mais la vraie transmission passe par l’écoute, le regard, la proximité. Le geste, la respiration, la façon de tenir l’instrument - tout cela se transmet dans l’espace physique. Les meilleures expériences viennent des échanges directs, même s’il faut voyager pour les vivre.
Les instruments traditionnels sont-ils encore utilisés dans la musique moderne ?
Absolument. Le djembe est dans les musiques électro, le sitar dans le rock psychédélique, le charango dans les bandes originales de films. Des artistes comme Tinariwen, Lila Downs ou L’Orelia mélangent tradition et innovation. Ce n’est pas un retour en arrière. C’est une évolution.
Où peut-on découvrir ces instruments en France ?
En Bretagne, à la Fête des Traditions de Guingamp ou au Festival Interceltique de Lorient. En Occitanie, au Festival de Pau. En Alsace, à la Fête de la Musique Traditionnelle de Colmar. Des ateliers sont organisés partout, souvent gratuits. Il suffit de chercher les associations locales de musique traditionnelle.

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