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Quels sont les instruments folkloriques les plus utilisés en France et dans les régions voisines ?

Quels sont les instruments folkloriques les plus utilisés en France et dans les régions voisines ?
Par Aurélie Durant 13 janv. 2026

La musique folklorique ne se limite pas aux chansons qu’on chante en rond ou aux danses en ligne. Elle vit surtout dans les instruments qui portent les sons des campagnes, des montagnes et des ports. Ce ne sont pas de simples objets : ce sont des témoins vivants d’une histoire, d’un terroir, d’une manière de vivre. En France, chaque région a ses propres sons, ses propres outils, ses propres manières de faire résonner le bois, le métal ou la peau. Alors, quels sont vraiment les instruments folkloriques qu’on entend encore aujourd’hui ?

La cabrette : le son des montagnes du Massif central

Si vous avez déjà marché dans les Cévennes ou dans l’Aubrac, vous avez peut-être entendu ce son aigu, un peu nasal, qui semble venir de nulle part et pourtant vous enveloppe. C’est la cabrette. Cet instrument, aussi appelé musette dans certaines régions, est une sorte de cornemuse locale. Elle a deux chantes : une pour la mélodie, une pour le bourdon. Ce n’est pas un instrument pour les débutants : il faut apprendre à souffler, à presser les poches, à contrôler la pression du vent. Les anciens disaient qu’il fallait « avoir les poumons d’un bûcheron » pour bien la jouer. La cabrette était le compagnon des bergers, des marchands de fromage, des danseurs de farandoles. Aujourd’hui, elle est encore jouée dans les fêtes de village, surtout dans l’Aveyron, le Cantal et le Lot. Des écoles de musique traditionnelle la transmettent aux jeunes, souvent avec des répertoires qui mêlent anciennes mélodies et compositions modernes.

La bombarde : le cri des Cornouailles

En Bretagne, si vous entendez un son puissant, presque strident, qui coupe l’air comme une sirène, ce n’est pas un haut-parleur. C’est la bombarde. Cet instrument à anche double, fait de bois de sycomore ou de noyer, produit un son très projectif, conçu pour être entendu en plein air, lors des pardons ou des fest-noz. Elle est toujours jouée en duo avec la biniou, une cornemuse bretonne plus petite. Ensemble, ils forment le duo traditionnel le plus emblématique de la région. La bombarde n’est pas douce : elle exige du souffle, de la précision, et une maîtrise des ornements typiques comme les trilles et les coups de langue. Dans les années 1970, elle a été réhabilitée par des musiciens comme Alan Stivell, qui l’a intégrée à des projets plus larges, mais elle reste profondément ancrée dans la tradition. Aujourd’hui, on la trouve encore dans les fanfares bretonnes, les groupes de danse et même dans certains albums de rock celtique.

L’accordéon diatonique : le cœur de la musette parisienne

Quand on pense à la musette, on imagine souvent un accordéon. Et c’est vrai : l’accordéon diatonique, aussi appelé musette ou bergeron, est l’instrument qui a défini le son des bal musette des années 1920 à 1950. Contrairement à l’accordéon chromatique, le diatonique ne joue pas toutes les notes : il change de son selon qu’on pousse ou qu’on tire le soufflet. Cela oblige le musicien à jouer de manière très spécifique, avec des doigtés précis. Il était le compagnon des ouvriers du Nord, des marchands ambulants, des danseurs du quartier de la Butte-aux-Cailles. Les maîtres comme Marcel Azzola ou Tony Muréna ont fait de cet instrument un symbole. Aujourd’hui, il est encore joué dans les bals populaires, les fêtes de la Saint-Éloi, ou dans les festivals comme celui de Saint-Étienne. Il ne s’agit pas d’un instrument de rétro, mais d’un outil vivant : de jeunes musiciens le réinventent avec des influences jazz, rock ou électroniques.

Un fest-noz en Bretagne avec une bombarde et un biniou, entouré de danseurs en costume traditionnel.

Le vielle à roue : l’ancêtre des instruments populaires

Imaginez un violon, mais avec une roue en bois qui frotte les cordes au lieu d’un archet. C’est la vielle à roue. Cet instrument, très ancien, a été joué en France depuis le Moyen Âge. Il a une sonorité douce, presque mélancolique, qui rappelle les chants des pèlerins ou les veillées d’hiver. Il a trois cordes : une pour la mélodie, deux pour les bourdons. Le joueur fait tourner la roue avec la main droite, et joue les notes avec les doigts de la gauche. Il était souvent utilisé par les aveugles, les mendiants, les troubadours. Aujourd’hui, il est devenu un symbole de la musique traditionnelle. Des luthiers comme Jean-Pierre Dufour ou des musiciens comme Dominique Regef le font revivre. Il est présent dans les festivals de musique ancienne, les écoles de musique traditionnelle, et même dans certains films historiques. Sa simplicité ne le rend pas moins puissant : il raconte des histoires sans mots.

Le hurdy-gurdy : le violon mécanique des troubadours

Le hurdy-gurdy, appelé en français vielle à roue ou parfois vielle à roue de Bourgogne, est un cousin de la vielle, mais plus complexe. Il a des clés comme un clavecin, et des cordes de chante et de bourdon. En tournant la manivelle, la roue frotte les cordes, et les clés changent la hauteur des notes. Ce qui le rend unique, c’est son bourdon qui ne s’arrête jamais : il crée un fond sonore continu, comme un drone. Il était joué dans les cours royales, les églises, les fêtes paysannes. En Bourgogne, dans le Morvan et le Charolais, il a survécu plus longtemps qu’ailleurs. Des groupes comme Les Ramoneurs de Menhirs ou des solistes comme Jean-Michel Veillon le font revivre. Il est utilisé dans les reconstitutions historiques, mais aussi dans des projets modernes qui mêlent folk et électronique. Son son est difficile à imiter : il a une âme mécanique, presque mystique.

Le tambourin à cymbales : le rythme des fêtes du sud

Sur les places des villages du sud de la France, surtout en Provence, en Languedoc et en Dauphiné, on entend un son sec, rapide, presque électrique. C’est le tambourin à cymbales. Ce n’est pas un simple tambour : c’est un petit tambour de bois, avec deux petites cymbales fixées en haut. On le tient à la main et on le frappe avec une baguette tout en le secouant pour faire cliqueter les cymbales. Il accompagne les danses de la farandole, les processions de la Saint-Jean, les carnavals. Il est souvent joué en groupe, avec des flûtes ou des clarinettes. Les joueurs sont souvent des enfants ou des amateurs, mais leur rythme est précis : chaque coup doit tomber pile sur le temps. Aujourd’hui, il est encore enseigné dans les écoles de musique traditionnelle du Sud, et on le retrouve dans les orchestres de fête locale. Il n’est pas spectaculaire, mais il est indispensable.

Une vielle à roue posée sur une table, avec une lueur douce et des silhouettes historiques en arrière-plan.

Les instruments oubliés, mais pas morts

Il existe d’autres instruments, moins connus, mais tout aussi précieux. Le galoubet, une flûte à trois trous, jouée en duo avec le tambourin en Provence. Le clapet, une sorte de guimbarde en bois, utilisée par les bergers du Vercors. Le cornemuse du Velay, une version plus lourde de la cabrette. Le chalemie, une ancienne chalumeau à anche double, encore jouée dans le Rouergue. Ces instruments ne sont pas dans les musées : ils sont dans les mains de quelques passionnés. Des associations comme Les Amis de la Musique Traditionnelle ou Le Réseau des Instruments Populaires les recensent, les réparent, les enseignent. Certains luthiers les reconstruisent à l’identique, en utilisant les mêmes bois, les mêmes méthodes, les mêmes outils du XVIIIe siècle. Ce n’est pas du musée vivant : c’est du vivant, tout court.

Comment reconnaître un vrai instrument folklorique ?

Un instrument folklorique n’est pas défini par son âge, mais par son usage. Il doit avoir été créé ou adapté localement, être joué dans un contexte communautaire, et être transmis oralement. Il ne sert pas à la scène, mais à la vie. Un accordéon chromatique acheté en magasin, même s’il est joué dans un bal, n’est pas un instrument folklorique. En revanche, un accordéon diatonique fabriqué à la main à Saint-Étienne en 1930, transmis de père en fils, et utilisé pour danser le mazurka, oui. C’est cette histoire-là qui compte. Les instruments folkloriques ne sont pas des objets de collection : ils sont des outils de lien, de mémoire, de résistance.

Et maintenant ?

Les instruments folkloriques ne sont pas des vestiges. Ils sont en train de se réinventer. Des jeunes musiciens les mélangent avec le hip-hop, le jazz, la musique électronique. Des groupes comme La Pira ou Les Fils du Vent les utilisent pour créer des sons nouveaux. Des festivals comme Les Nuits de la Musique Traditionnelle à Lyon ou Le Festival des Sons de la Terre en Bretagne les mettent à l’honneur. Il n’y a pas de contradiction entre tradition et modernité : la tradition est vivante quand elle change. Ce qui compte, c’est que quelqu’un continue à jouer, à transmettre, à écouter. Parce que sans ces sons, les paysages perdent leur voix. Et sans voix, les terroirs deviennent des cartes postales.

Quels sont les instruments folkloriques les plus connus en France ?

Les plus connus sont la cabrette (Massif central), la bombarde (Bretagne), l’accordéon diatonique (musette parisienne), la vielle à roue (France entière), le hurdy-gurdy (Bourgogne), et le tambourin à cymbales (Sud de la France). Chacun est lié à une région et à une pratique culturelle spécifique.

Est-ce que l’accordéon est un instrument folklorique ?

Oui, mais seulement l’accordéon diatonique, celui qui a des boutons et qui change de son selon qu’on pousse ou qu’on tire le soufflet. L’accordéon chromatique, utilisé en jazz ou en musique classique, n’est pas considéré comme folklorique. Le diatonique a été développé dans les ateliers de Saint-Étienne et du Nord au XIXe siècle pour les danses populaires.

Où peut-on apprendre à jouer ces instruments aujourd’hui ?

De nombreuses écoles de musique traditionnelle existent partout en France : à Lyon, Rennes, Toulouse, Clermont-Ferrand, ou encore à Saint-Étienne. Des associations comme Les Amis de la Musique Traditionnelle ou Le Réseau des Instruments Populaires proposent des stages, des ateliers et des stages d’été. Certains luthiers proposent aussi des cours sur mesure.

Les instruments folkloriques sont-ils encore utilisés dans les fêtes modernes ?

Oui, et de plus en plus. Dans les fest-noz bretons, les bals musette parisiens, les carnavals du Sud, les fêtes de la Saint-Jean, les instruments traditionnels sont au cœur des célébrations. Des jeunes groupes les mélangent avec d’autres styles, ce qui les rend accessibles à une nouvelle génération. Ce n’est pas du passé : c’est du présent.

Pourquoi certains instruments ont-ils disparu ?

Ils ont disparu quand les communautés qui les utilisaient ont changé : l’exode rural, la modernisation des métiers, la disparition des fêtes locales. Mais ce n’est pas parce qu’ils ont disparu qu’ils sont morts. Des luthiers, des musiciens et des chercheurs les ont retrouvés dans les greniers, les archives, les mémoires orales. Aujourd’hui, on les reconstruit, on les joue, on les enseigne. Ce sont des objets de mémoire vivante.

Étiquettes: instruments folkloriques musique traditionnelle française cabrette bombarde accordéon diatonique musette bergeron
  • janvier 13, 2026
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